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La commode a dit à l’armoire qu’elle était mal rangée.Et vous savez comme cette armoire est susceptible. Rebondie, brillante et
sucrée, bon cœur au fond, mais susceptible.
- Mal rangée ! Mal rangée ! Cette petite péronnelle, frivole et jacassante,
toujours à se mirer dans la psyché, à roucouler auprès de la coiffeuse.
Pas encore d’enfants, me donner des leçons à moi. Mal rangée !
Et ses tiroirs à elle ? Oui, ses tiroirs remplis de frou-frou, de dentelles, de
ces choses… Si vous saviez… Une cocotte, je vous le dis.
Cette brave armoire aux hanches rondes, les joues dorées, la poitrine
gonflée, laissait déborder une colère exagérée.
La commode pas dupe, l’agaçait en faisant tinter ses anneaux d’or, des
soieries parfumées débordaient sur ses formes galbées. Délicieuse
pimbêche.
La coiffeuse et son pouf riaient sous cape.
Les rayons poudrés du soleil se promenaient dans la maisonnée, au milieu
d’une odeur de cire et des éclats de cuivre.
- Vous feriez mieux d’aller aider les autres à remplir les paniers de cerises,
au lieu de ricaner.
Dans le jardin, des grappes de rubis lourds pendaient aux branches des
cerisiers. De ces boucles précieuses les enfants ornaient leurs oreilles. La
cueillette avait commencé.
Dans la cuisine, une grande marmite aux bords de lave dure, noire, laissait
échapper d’un intérieur fauve et dansant, des glouglous caramélisés. Ce
volcan demandait ses offrandes de fruits. Tout autour des pots de verre, le
col retourné, attendaient, impatients, transparents, l’ouverture de la
cérémonie des confitures.
Pendant ce temps là, le lit de grand-mère dormait. 11 >
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